Les frères Debrun

Figures de la Révolution et mémoires du Villars

Au cœur de notre village, la place de l’Église conserve l’empreinte de personnalités d’exception qui ont marqué l’histoire locale et nationale. Parmi elles figurent deux frères aux destins hors du commun : le Général Jean-Baptiste Debrun (1750–1831), héros de Valmy et des guerres républicaines, et son cadet l’Abbé Jean-Charles-Marie Debrun (1755–1839), curé du Villars devenu officier d’État-major.

1. Des bords de Saône aux armes de la République

Fils de Jacques Debrun, marchand et maître boulanger à Mâcon, les deux frères grandissent en Mâconnais avant que la Révolution française ne vienne bouleverser leurs trajectoires :

  • L’aîné, Jean-Baptiste Debrun (1750–1831) : Passionné d’escrime (ce qui lui vaut le surnom de « Bataille »), il s’engage à 17 ans au régiment d’Aquitaine puis rejoint le régiment d’Enghien en 1773. Il participe aux campagnes de Corse et de Tunisie puis prend part à la guerre d’indépendance des États-Unis sous les ordres du comte de Rochambeau. Caporal puis sergent, il se retire momentanément en 1783 pour devenir contrôleur des octrois à La Clayette.
  • Le cadet, Jean-Charles-Marie Debrun (1755–1839) : Après un court engagement militaire au régiment d’Enghien en 1773, il choisit la voie ecclésiastique. Ordonné prêtre du diocèse de Mâcon en 1782, il est nommé curé de la paroisse du Villars en 1785.

2. 1789–1793 : Le curé du Villars et l’ascension militaire du Général

Lorsque la Révolution éclate, l’abbé Jean-Charles Debrun embrasse les idées nouvelles : il prête le serment à la Constitution civile du clergé en 1791 et demande dès 1792 la création d’un collège à Tournus pour enseigner les principes de la Révolution.

Élu président du Directoire du District de Mâcon en 1793, il prend les armes comme aide de camp lors du siège de Lyon contre l’insurrection fédéraliste.

De son côté, Jean-Baptiste connaît une ascension militaire fulgurante :

  • La victoire de Valmy (20 septembre 1792) : Élu lieutenant-colonel du 1ᵉʳ bataillon des Volontaires de Saône-et-Loire, il s’illustre sous le commandement du général Kellermann.
  • Général de Division en 1793 : Promu Général de Brigade en septembre 1793, il devient Général de Division dès le mois d’octobre.

3. L’éminence grise et le sauveur sous la Terreur

Fin 1793, l’abbé Jean-Charles abandonne son ministère pastoral pour rejoindre l’armée de son frère en tant qu’aide de camp puis adjudant-général (colonel d’État-major).

Sous le régime de la Terreur, lors de l’incident politique de Châlons-sur-Marne où le général est accusé d’incivisme et de dilapidation après avoir financé une grande fête patriotique, c’est la plume alerte et la rigueur de Charles qui sauvent la vie du général.

En rédigeant une défense d’une précision chirurgicale alignée sur la rhétorique républicaine, il innocente son frère et lui évite la guillotine.

Après les campagnes des Ardennes, de la Moselle, de Coblence et du siège de Luxembourg, le Général Debrun demande sa mise à la retraite en 1797 face aux intrigues politiques.

4. Le retour définitif des deux frères au Villars

Après les tourmentes de la Révolution, les deux frères décident de se retirer ensemble au Villars :

  • En 1796, Jean-Charles acquiert l’ancien presbytère de la rue Nedon où ils emménagent. Un symbole fort : l’ancien curé du village y élit domicile pour y mener, aux côtés de son frère le général, une existence paisible et retirée.
  • En 1814, lors de la campagne de France, Jean-Charles reprend une dernière fois du service pour défendre Tournus contre l’invasion autrichienne.

Les deux frères s’éteignirent paisiblement dans cette même maison du Villars à un âge avancé :

  • Le Général Jean-Baptiste Debrun le 27 avril 1831, à l’âge de 80 ans.
  • Jean-Charles Debrun en 1839, à l’âge de 84 ans, emportant avec lui les souvenirs de ses combats politiques et son fidèle bréviaire.

5. De la souche révolutionnaire aux grandes familles du Villars

Généalogie et alliances)

Les deux frères n’ayant pas eu de descendance directe, le patrimoine foncier et la mémoire familiale ont été transmis par leur branche collatérale (descendant de leur oncle François Debrun et de Philiberte Baron).

  • De cette branche naît Jean-Charles-Marie Debrun (homonyme de l’abbé), époux de Marie Lafay, dont le fils François Debrun (percepteur à Sennecey-le-Grand) est le père de Marie Anaïs Debrun (1833–1862).
  • C’est par Anaïs Debrun que le lien s’établit durablement avec le tissu villageois : elle épouse Hippolyte Vernay (propriétaire et rentier au Villars, établi au Prieuré et rue de l’Oiseau).
  • Leur fille, Eugénie Marie Louise Vernay, épousera à son tour Frédéric Charles Nicot, ancrant définitivement la lignée dans la famille Nicot, dont les descendants veilleront sur le village et la mémoire locale jusqu’au XXIe siècle.

6. Repères iconographiques et patrimoine mémoriel au Villars

L’iconographie rare du Général Debrun

Contrairement à de grands artistes homonymes de la même époque (comme le peintre Jean-Baptiste Debret, célèbre pour ses gravures du Brésil, ou Jean-Baptiste Pierre Lebrun, marchand d’art et époux d’Élisabeth Vigée Le Brun), le général Debrun n’a pas fait l’objet de grandes peintures d’Empire.

Il n’en existe qu’une gravure officielle d’époque : un profil en médaillon le représentant en tenue militaire de général de division, coiffé du bicorne à plumes.

Le Mur des Illustres et l’ancrage au village

Si la sépulture du général figurait initialement dans l’ancien cimetière paroissial entourant l’église Sainte-Madeleine avant la désaffectation de ce dernier au XIXᵉ siècle, son souvenir demeure vivant au cœur du village :

Une plaque commémorative lui est officiellement dédiée sur le Mur des Illustres (accolé à la Mairie sur la place de l’Église). Elle rappelle à tous les visiteurs son engagement pour la liberté :

GÉNÉRAL JEAN-BAPTISTE DEBRUN 1750–1831

A participé à la Guerre d’indépendance des États-Unis – Héros de Valmy à la tête des volontaires de Saône-et-Loire – Repose au Villars.

Par leur double engagement républicain et leur attachement indéfectible à notre commune, les frères Debrun figurent en bonne place parmi les grandes figures qui ont honoré l’histoire du Villars.

6. Les actes de décès des frères Debrun

Et leurs transcriptions…

Acte de décès de Jean-Baptiste Debrun (28 avril 1831)

L’an mil huit cent trente et un, le vingt-huit avril à trois heures du jour.

Acte de décès de Monsieur Jean Debrun, âgé de quatre-vingt-un ans, né à Mâcon (département de Saône-et-Loire), lieutenant-général en retraite, décédé le jour d’hier à deux heures du soir en son domicile situé au Villars, dans cette commune.

Il est le fils des défunts Jacques Debrun et de Marie-Thérèse Mornand, décédés en la ville de Mâcon.

Sur la déclaration à nous faite par :

  1. Monsieur Jean-Charles-Marie Debrun, âgé de soixante-seize ans, bourgeois audit lieu du Villars, qui a déclaré être le frère du défunt.
  • Monsieur François Debrun, âgé de vingt-six ans, percepteur à Sennecey-le-Grand (même département), qui a déclaré être le cousin du défunt.

Constaté suivant la loi par nous, Antoine Passerat, maire de la commune de Le Villars, canton de Tournus, arrondissement de Mâcon, département de Saône-et-Loire, officier de l’état civil soussigné, après nous être transporté au domicile du défunt.

Les témoins ont ainsi signé le présent acte après lecture faite :

(Signé) Debrun — Debrun — Passerat

Acte de décès de Jean-Charles-Marie Debrun (28 août 1839)

L’an mil huit cent trente-neuf, le vingt-huit août à onze heures du matin.

Acte de décès de Monsieur Jean-Charles-Marie Debrun, âgé de quatre-vingt-cinq ans, ex-prêtre et propriétaire, né à Mâcon (département de Saône-et-Loire), décédé le jour d’hier à dix heures du soir, en son domicile situé au Villars.

Il est le fils des défunts Jacques Debrun et de Marie-Thérèse Mornand, et veuf en premières noces de [ou mention du statut de bourgeois audit lieu] (note : l’acte indique « bourgeois audit Villars »).

Sur la déclaration à nous faite par :

  1. Monsieur Amy-Louis Spengler, âgé de cinquante trois ans, chevalier de la Légion d’honneur, officier en retraite demeurant à Tournus, qui a déclaré être le cousin du défunt.
  • Monsieur Jacques-François Martin Pomany, âgé de cinquante-neuf ans, propriétaire et menuisier demeurant aussi à Tournus, qui a déclaré être aussi le cousin du défunt.

Constaté suivant la loi par nous, Antoine Passerat, maire de la commune de Le Villars, canton de Tournus, arrondissement de Mâcon, département de Saône-et-Loire, officier de l’état civil soussigné, après nous être transporté au domicile du défunt.

Les témoins ont aussi signé le présent acte après lecture faite :

(Signé) Spengler — Pomany — Passerat