Station no 10 du Parcours de découverte du Villars (article mis à jour le 15/10/2026)
Du Parvis de l’Église au Mouilles
Pendant près d’un millénaire, les habitants du Villars ont été inhumés à l’ombre de leur église paroissiale et priorale Sainte Marie-Madeleine, sur la place du village. En 1858, sous le Second Empire, la saturation du champ des morts et les impératifs d’hygiène publique conduits par les lois sanitaires ont mené la municipalité à transférer le cimetière vers le lieu-dit « Les Mouilles », à l’ouest du bourg.
Retour sur une mutation urbaine, patrimoniale et mémorielle majeure de la commune.
I. L’Ancien Cimetière Paroissial
Un Enclos Sacré au Cœur du Bourg
Conformément à la tradition médiévale, l’enclos funéraire entourait l’église Sainte-Marie-Madeleine. Les sépultures s’étendaient autour du chevet et occupaient principalement le parvis ainsi que l’actuelle place publique, face au portail ouest.
Alors que la communauté reposait dans la terre sainte extérieure, le sanctuaire accueillait les sépultures des notables, prieurs et religieux :
- Gaspard (Georges) d’Anglure († 1648) : Baron d’Autricourt et frère du prieur Charles d’Anglure, inhumé le 22 août 1648 dans le chœur sous une imposante dalle armoriée.
- Messire Nicolas Piget († 1774) : Curé de la paroisse pendant quarante-cinq ans, inhumé au sein de l’église en septembre 1774.
- Benoît George († 1741) & Pierre Boyau : Marguilliers et notables dont les épitaphes subsistent gravées au bas des nefs.
- L’Ancien Curé Jean-Charles Debrun († 1839) : Figure marquant l’histoire locale (prêtre réfractaire puis assermenté lors de la Révolution), réconcilié avec la foi et inhumé en présence de huit prêtres du canton.
II. Le Transfert de 1858
Hygiène Publique et Poussée Démographique
Au milieu du XIXᵉ siècle, Le Villars connaît une importante poussée démographique (entre 550 et 600 habitants permanents entre 1836 et 1851). La saturation du cimetière central pose alors de graves risques de salubrité publique.
En application du décret impérial de 1804 régissant les sépultures et imposant leur éloignement hors des enceintes de population, le conseil municipal valide la création du nouveau cimetière sur le site aéré des Mouilles.
| Critères de comparaison | Ancien Cimetière (Parvis / Place) | Nouveau Cimetière (Les Mouilles – 1858) |
| Emplacement & Espace | Cœur du village (parvis nord). Surface très restreinte encerclée d’habitations. | Plateau aéré à l’ouest du bourg. Vaste terrain pour concessions familiales et individuelles. |
| Salubrité & Environnement | Proximité directe des puits et maisons. Risques épidémiques et saturation des fosses. | Périmètre clos de murs en pierre, hors du centre bâti, conforme aux normes sanitaires. |
III. Réemploi des Vestiges et Mutation du Centre-Bourg
Le transfert du cimetière libère l’espace central et façonne la grande place du village telle qu’on la connaît aujourd’hui :
- Le Calvaire de la Place : La croix centrale repose sur un socle singulier qui n’est autre que le réemploi de la pierre tombale armoriée du baron Gaspard d’Anglure (1648).
- Les Épitaphes de l’Église : Les dalles des prieurs, curés et marguilliers ont été préservées au sol ou encastrées dans les murs des nefs.
- L’Espace Public : Le dégagement du parvis permit au XXᵉ siècle l’installation de la bascule publique et l’organisation des événements rassembleurs du village.
IV. Le Cimetière des Mouilles
Panthéon Vléron et Figures Illustres
Entouré de murs de pierre sèche et accessible par un portail sud – érigé en 1860 – ouvragé et surmonté d’une croix, le cimetière des Mouilles rassemble à la fois les grandes familles locales et des personnalités remarquables :
- Gabriel Voisin (1880–1973) : Pionnier de l’aviation mondiale, créateur des avions certifiés et des automobiles de prestige Avions Voisin. (Sépulture située le long du mur ouest)

- Désiré Mathivet (1887–1966) : Artiste peintre et sculpteur, élève d’Auguste Rodin et créateur du Monument aux Morts de Tournus.

- Mireille Montangerand (1914–2003) : Artiste peintre française dont la sépulture repose dans la partie haute / nouveau cimetière.

- Famille Cortot & Mémoire d’Alfred Cortot (1877–1962) : Sépultures de la famille Cortot, dont la propriété vlérone a accueilli le célèbre pianiste virtuose ainsi que son cousin le compositeur Edgar Varèse.

- Les Dynasties Agricoles et Locales : Familles Bouillon, Richy, Canard, Vernay, Villerot, Debrun, fondatrices de la vie sociale et économique du Villars.
- Le Monument aux Morts et le Souvenir Militaire : Un obélisque de pierre orné d’une palme du souvenir rend hommage aux enfants du Villars morts pour la France lors des conflits contemporains, portant gravés dans la pierre et sur des plaques de marbre les noms des soldats disparus (E. Jourdan, J. Pravaz, M. Cartier, E. Bouillon, P. Gillet, C. Gillet, etc.).


V. Conclusion
Du socle du calvaire de la place aux stèles sculptées du plateau des Mouilles, l’histoire du cimetière du Villars illustre le passage de la tradition paroissiale médiévale aux exigences d’aménagement du XIXᵉ siècle. Lieu de mémoire collective, il conserve intact le souvenir des habitants et des personnalités d’exception qui ont fait la renommée du village.

