La bascule publique

Implantée au cœur du bourg sur la place du village, la bascule publique (autrefois appelée pèse-géant ou pont-bascule) trouve ses origines au début du XXe siècle : c’est par une délibération du Conseil Municipal en date du 13 mars 1904 que fut décidée sa construction.

La commune fit alors l’acquisition auprès de M. Lahie, pour la somme de 750 francs, d’un pont-bascule robuste d’une force de 6 000 kg destiné à supporter le passage des voitures à quatre roues et des charrettes.

L’installation comprenait un tablier en bois de chêne de première qualité (3,5 mètres de long sur 2,05 mètres de large), une charpente en acier, un mécanisme en fer forgé doté de brides neutralisant les chocs, ainsi qu’une double romaine munie du poinçon des Services des Poids et Mesures.

L’association Les Amis du Villars vous propose de redécouvrir l’histoire, le fonctionnement et la reconversion paysagère de cet équipement autrefois indispensable aux échanges de la commune.

1. Un outil de mesure essentiel au cœur de l’économie rurale

Avant la généralisation des pesages informatisés et des coopératives modernes, la bascule communale jouait un rôle économique et juridique crucial :

  • La pesée des récoltes et de la vendange : Lors des moissons et des vendanges, les vignerons et agriculteurs du Villars venaient y faire peser leurs charrettes, charrettes à bœufs puis remorques de tracteur chargées de baquets de raisin, de foin, de paille ou de céréales.
  • Le pesage du bétail : Les éleveurs y amenaient les animaux (bovins, porcins) avant d’effectuer des transactions commerciales avec les maquignons itinérants du canton ou de les expédier vers les marchés aux bestiaux de la région.
  • Le pesage public et le peseur agréé : La pesée était enregistrée par un peseur assermenté ou délégué par la Mairie. Un ticket officiel indiquait le poids brut (véhicule + chargement), puis le poids à vide après déchargement, garantissant la loyauté des transactions et évitant tout litige entre acheteurs et vendeurs.

2. Description architecturale et technique

Le dispositif se compose de trois éléments indissociables parfaitement conservés :

  • La plateforme au sol (le pont) : Un grand plateau rectangulaire en tôles d’acier originales (striées) encastré au niveau exact de la chaussée. Conçu pour résister à de très lourdes charges (plusieurs tonnes), le plateau repose sur un jeu de leviers sous-jacents installés dans une fosse maçonnée, qui transmettaient la force mesurée au mécanisme intérieur.
  • Les garde-corps et bornes de guidage : De part et d’autre du plateau métallique, des grilles de protection en fer forgé servaient à maintenir le bétail pendant la pesée et à guider les roues des charrettes et véhicules. Des bornes en pierre peintes en blanc sécurisent encore aujourd’hui les abords immédiats.
  • Le cabanot de pesée (la maisonnette) : Petit bâtiment sobre couvert d’un toit à deux pans en tuiles plates du pays, il abritait le mécanisme de pesée à romaine (balance à curseurs coulissants et contrepoids en fonte). À travers la petite fenêtre donnant directement sur le pont, le peseur vérifiait l’équilibre de la charge tout en restant à l’abri des intempéries.

3. Chronique des restaurations et de la sauvegarde (2001–2021)

Ayant perdu son utilité fonctionnelle dans le dernier quart du XXe siècle avec la modernisation des transports et la mutation des pratiques agricoles, la bascule publique a évité la démolition grâce à une prise de conscience patrimoniale précoce de la municipalité et de l’association Les Amis du Villars. Les bulletins municipaux Le Vléron permettent de recompiler la chronique détaillée de vingt ans de soins et de rénovations successives :

  • 2001 : Inscription de la remise en état et du nettoyage initial de la bascule au programme officiel des travaux d’embellissement de la commune.
  • 2002 : Travaux de re-scellement des plots de fixation du plateau métallique et consolidation de la fosse maçonnée sous le pont de pesée.
  • 2005-2007 : Grand chantier conjoint de restauration de la cabine de la bascule sous la présidence d’Yves Bertheau de l’association Les Amis du Villars qui prend en charge l’achat des matériaux de couverture et d’enduit, tandis que la commune réalise les travaux de maçonnerie et ajoute un éclairage traditionnel avec un lampadaire, un banc public et un bac fleuri.
  • 2008 : Réfection complète des enduits extérieurs de la maisonnette et mise en peinture des fermetures par les services communaux.
  • 2013 : Restauration du char traditionnel en bois d’autrefois, réinstallé au chevet de la maisonnette de pesée comme témoin de l’outillage agricole d’antan.
  • 2021 : Intervention récente de réhabilitation du plancher en bois de la bascule réalisée bénévolement par le maire Robert Bachelet, le premier adjoint Georges Godde et des habitants de la commune, assurant la parfaite pérennité du site.

4. Du pèse-véhicules à l’aménagement paysager

Ayant perdu son utilité fonctionnelle avec la modernisation des transports et la mutation des pratiques agricoles, la bascule a évité la démolition grâce à sa préservation par la commune.

Aujourd’hui, cet ensemble fait partie intégrante du charme de la place du village. Le plateau métallique a été fleuri au moyen d’auges en pierre garnies de plantes aromatiques et ornementales, transformant un ancien outil de travail en un élément de patrimoine paysager convivial et chaleureux.