Au cœur de l’église Sainte Marie-Madeleine du Villars se trouve le maître-autel, installé devant l’abside romane. Il forme aujourd’hui un ensemble particulièrement remarquable par ses proportions, la richesse de ses sculptures et les nombreux détails qui ornent la pierre.
Au cœur de l’église Sainte Marie-Madeleine du Villars se trouve le maître-autel, installé devant l’abside romane. Il forme aujourd’hui un ensemble particulièrement remarquable par ses proportions, la richesse de ses sculptures et les nombreux détails qui ornent la pierre.
Contrairement à l’architecture de l’église, dont les parties les plus anciennes remontent au Moyen Âge, ce maître-autel appartient au mobilier du XIXe siècle. Une inscription gravée au revers permet d’en connaître précisément l’origine et la date.

Un autel érigé en 1877
Au dos du maître-autel figure une inscription en latin :

Elle peut être traduite par :
« À Dieu, Erigé par Pierrette Renaud à la mémoire de Jean M. Passerat, son époux, en 1877. »
Le maître-autel est donc à la fois un mobilier liturgique et un monument commémoratif. Il fut offert à l’église par Pierrette Renaud à la mémoire de son mari, Jean M. Passerat.
Jean M. Passerat était un rentier de la commune. Sa famille occupait une place importante dans la vie locale : son père Antoine Passerat avait exercé les fonctions de maire du Villars de 1823 à 1840.
Ce don témoigne ainsi de l’attachement d’une famille de notables à l’église paroissiale et à la communauté villageoise. Par sa présence, l’histoire d’une famille du Villars se trouve encore aujourd’hui associée à celle de l’église.
Une composition monumentale en pierre claire
Le maître-autel est constitué d’une table d’autel massive, surmontée d’un ensemble architectural en pierre de couleur claire.
La partie inférieure présente une composition organisée autour de trois grands panneaux en arc, séparés par des colonnes et des pilastres. Ceux-ci sont surmontés de chapiteaux finement sculptés.
Chacun des trois panneaux centraux est orné d’un médaillon sculpté.
À gauche figure une ancre de bateau, représentée avec sa forme caractéristique. Le médaillon central présente un calice surmonté d’un disque, probablement une hostie, accompagné de deux fleurs. À droite, on distingue un oiseau nourrissant trois oisillons.
Ces trois médaillons sont encadrés par un décor sculpté très riche, composé notamment de feuillages, de tiges et de motifs végétaux. Les panneaux eux-mêmes présentent un fond délicatement travaillé de petits motifs géométriques.



L’ensemble repose sur un soubassement, les différents éléments architecturaux sont soigneusement travaillés et donnent à l’autel une apparence monumentale.
La partie supérieure et le tabernacle
Au-dessus de la table d’autel se trouve une gradine qui constitue la partie la plus richement décorée de l’ensemble.

Elle est organisée en plusieurs niveaux qui s’élèvent progressivement vers le centre, où prend place le tabernacle. Les deux panneaux qui l’encadrent sont abondamment ornés de motifs végétaux sculptés. On y reconnaît notamment des feuilles de vigne, des grappes de raisin et des épis de blé, symboles du vin et du pain de l’Eucharistie.
Six chandeliers prennent place sur la gradine, trois de chaque côté du tabernacle. Disposés symétriquement, ils accompagnent la composition et mettent en valeur sa partie centrale.
Un crucifix est également placé au-dessus du tabernacle, dans l’axe de l’autel.
L’Agneau de Dieu
Le tabernacle constitue le point central de l’ensemble. Sa porte, de forme cintrée, est réalisée en métal et présente un décor particulièrement remarquable.

Au-dessus de la porte est gravée en lettres dorées l’inscription :
ECCE AGNUS DEI
qui signifie :
« Voici l’Agneau de Dieu ».
Cette expression est tirée de l’Évangile selon saint Jean. Elle est également prononcée dans la liturgie catholique juste avant la communion.
Au centre apparaît un Agneau, représenté devant une large gloire composée de rayons dorés. Il est couché sur un livre portant sept sceaux, selon l’iconographie traditionnelle de l’Agneau de l’Apocalypse.
La représentation de l’Agneau prend ici une importance particulière puisqu’elle orne directement la porte du tabernacle, où est conservée l’Eucharistie.

Ainsi, dans cette partie supérieure du maître-autel, les épis de blé, les grappes de raisin et l’Agneau de Dieu composent un décor étroitement lié à l’Eucharistie.
Un mobilier du XIXe siècle devant une abside romane
Le maître-autel offre un contraste saisissant avec l’architecture qui l’entoure.
Derrière lui se trouve l’abside romane de l’église, dont le cul-de-four conserve les remarquables peintures murales médiévales. Le visiteur se trouve ainsi face à deux ensembles appartenant à des époques très éloignées : derrière l’autel, les témoignages de l’église médiévale ; devant eux, un mobilier réalisé près de huit siècles plus tard.
Le maître-autel de 1877 rappelle ainsi que l’église Sainte-Marie-Madeleine n’est pas seulement un édifice roman conservé à travers les siècles. Son mobilier témoigne également des transformations, des embellissements et de la vie religieuse des périodes plus récentes.
À travers le don de Pierrette Renaud à la mémoire de son époux Jean M. Passerat, le maître-autel conserve aussi la trace d’une famille du Villars et de son implication dans la vie de la commune.
Plus d’un siècle après sa réalisation, il demeure ainsi l’un des éléments majeurs du chœur de l’église, faisant dialoguer dans un même regard le patrimoine médiéval du Villars et la mémoire de ses habitants du XIXe siècle.
