Station no 7 du Parcours de découverte du Villars
À l’angle du numéro 6 de la Rue Verte, encastrée en hauteur dans une niche dédiée, se dresse une statue remarquable représentant Sainte Marie-Madeleine, patronne de la paroisse de Le Villars. Discrète mais bien visible depuis la voie publique, cette œuvre constitue un précieux témoin de la statuaire religieuse vernaculaire et de la dévotion populaire au cœur de notre village.
L’association Les Amis du Villars vous propose une analyse architecturale, iconographique, chronologique et chromatique de cet édicule mural.
1. Une intégration architecturale typique du patrimoine de rue
La statue s’inscrit dans un aménagement spécialement conçu lors du ravalement ou de la construction de la façade :
- La niche d’encastrement : Aménagée au niveau du premier étage, la niche cintrée présente un arc à petite moulure et une tablette en saillie servant de cul-de-lampe. Cet abri protège la sculpture des intempéries directes.
- Ancrage visuel et repère d’angle : Placée juste au-dessus de la plaque de la Rue Verte, la niche marque l’espace public de la présence protectrice de la sainte patronne, tandis que la lanterne publique située sur la façade d’en face éclaire la perspective de la rue.


2. Pistes de datation : Le XIXᵉ siècle et le renouveau religieux
Faute de date gravée dans la pierre, la datation de la statue s’appuie sur le style artistique, les matériaux et le contexte historique local :
- Le XIXᵉ siècle (période 1820–1880) : La facture stylistique de la sculpture — avec ses draperies accentuées, le visage levé vers le ciel et le traitement en dévotion baroque/classique — correspond aux productions de statuaire religieuse d’édition rurale du XIXᵉ siècle.
- Le contexte de la Restauration et du Concordat : À l’image de l’érection de la croix de la place en 1824, le XIXᵉ siècle est marqué en Bourgogne par un fort mouvement de réaffirmation de la foi dans l’espace public. Les propriétaires privés plaçaient fréquemment le saint patron de la paroisse ou une Vierge dans une niche murale lors de la réfection des façades.
- Terre cuite ou plâtre de série : La technique du moulage (terre cuite peinte ou plâtre d’art) s’est largement démocratisée au XIXᵉ siècle via les ateliers de statuaire religieuse.
3. Analyse iconographique et stylistique
L’observation rapprochée de la sculpture révèle un travail d’artisanat religieux particulièrement expressif :
- Attitude et posture : La sainte est représentée en extase, le visage légèrement redressé vers le ciel. La main gauche est posée contre sa poitrine dans un geste de repentir et de dévotion.
- L’attribut traditionnel : Dans son bras droit, Marie-Madeleine tient le flacon d’aromates (ou vase de nard), son attribut iconographique majeur rappelant l’onction du Christ dans les Évangiles.
- Chevelure : Ses longs cheveux dénoués retombent sur ses épaules, autre marqueur iconographique incontournable de la sainte pénitente.
4. Restitution de la polychromie d’origine
Si le temps et les intempéries ont décapé une grande partie de la peinture d’origine, l’analyse numérique de rehaussement des couleurs (avec palette.fm) permet de révéler la riche palette chromatique d’autrefois :
- La robe (jupon intérieur) : Un pourpre / magenta profond à reflets violacés, couleur traditionnelle du repentir, de la passion et de la pénitence associée à Marie-Madeleine dans la symbolique chrétienne.
- Le manteau drapé : Un vert turquoise / vert céleste, formant un contraste saisissant avec la robe pourpre. Les plis profonds conservent la nuance de cette teinte lumineuse.
- Le voile supérieur et le corsage : Un vert sauge / vert d’eau plus doux, apportant une transition harmonieuse entre le manteau et le visage.
- La chevelure et les chairs : Des nuances châtain clair / rousses pour la chevelure dénouée, complétées par une carnation naturelle sur les zones du visage et des mains.
- Le fond de la niche : Un bleu-vert céleste, créant un écrin de fraîcheur et mettant en valeur le relief de la sculpture.


5. Témoin du culte paroissial au Villars
L’installation d’une statue de Marie-Madeleine dans la Rue Verte est hautement symbolique. En tant que patronne de l’église romane du Villars, Marie-Madeleine fait l’objet d’une vénération particulière. Placer sa figure à la vue des passants constituait à la fois un acte de foi, une protection spirituelle invoquée sur la maison et un hommage à la Sainte protectrice de la communauté.
