Le lavoir de la Gravière

Joyau du patrimoine hydraulique et littéraire du Villars

Construit sous la IIᵉ République en 1850, le lavoir de la Gravière constitue l’un des édifices vernaculaires les plus remarquables de la commune.

Situé en contrebas du village, son accès depuis le bourg nécessitait d’emprunter un « mollet ». Ce sentier escarpé dévalant la pente rendait le trajet éprouvant pour les lavandières, qui devaient remonter vers le village chargées de lourdes corbeilles de linge trempé.

Dans le Mâconnais, le terme « mollet » désigne traditionnellement ces sentiers escarpés, dalles ou petites montées particulièrement raides qui dévalent la roche ou le coteau pour relier le haut du bourg aux points d’eau ou aux hameaux du bas.

L’association Les Amis du Villars vous propose une description complète de l’architecture, du fonctionnement technique, de l’empreinte littéraire et du rôle social de cet édifice couvert.

1. Une architecture fonctionnelle en pierre et bois

Le lavoir de la Gravière se distingue par la qualité de son appareillage et la robustesse de sa construction :

  • Les maçonneries : Les murs extérieurs sont bâtis en moellons de pierre calcaire locale, tandis que la toiture à deux pans en tuiles canal est portée par une imposante charpente en bois de chêne.
  • La structure ouverte : Si le mur bordant la route forme une façade pleine pour protéger du vent et des intempéries, l’intérieur s’ouvre sur un espace vaste et bien ventilé grâce à des poteaux de bois posés sur des dés en pierre de taille (calcaire ocre-rosé du Mâconnais).
  • L’accès en tranchée : Pour rattraper le niveau de la source et s’abriter des vents, le plancher de lavage est en contrebas, accessible par de petits escaliers en pierre de taille.

2. Le bassin et la margelle de lavage

Au cœur de l’édifice se trouve un grand bassin rectangulaire contenant une eau claire maintenue à niveau :

  • La margelle inclinée : Le tour du bassin est ceinturé d’une large pierre de taille inclinée. Cette disposition ergonomique permettait aux laveuses d’y frotter et battre le linge avec leur battoir et leur savon, tout en restant installées dans leur boîte à laver (chabot ou garde-genoux) posée au sol.
  • La séparation des fonctions : L’ampleur du bassin permettait de diviser l’espace entre le savonnage du linge sale et le rinçage à l’eau courante.

3. Un dispositif hydraulique d’origine préservé

L’un des atouts patrimoniaux majeurs du lavoir de la Gravière réside dans la conservation de son système d’alimentation et de régulation d’eau :

  • La voûte de captage : Au bas du mur intérieur, une belle ouverture voûtée en pierre marque l’arrivée de la source naturelle qui alimente le bassin.
  • La vanne à crémaillère : Dispositif rare toujours en place, une encoche aménagée dans la margelle de pierre abrite un clapet métallique actionné par une tige et une chaîne en fer. Ce mécanisme permettait de fermer l’écoulement pour remplir le bassin ou de le vider rapidement lors des opérations de curage et de nettoyage.

4. La grotte de la Gravière : Théâtre littéraire d’Anatole France et mémoire du village

En bas du chemin de la Gravière, la paroi calcaire située juste au-dessus de la source qui alimente le lavoir abrite une cavité naturelle chargée d’histoire et de symbolique :

  • L’agression de l’abbé Coignard dans La Rôtisserie de la Reine Pédauque : Ce site est particulièrement célèbre pour figurer dans l’un des romans phares d’Anatole France (Prix Nobel de littérature). Dans les derniers chapitres de l’œuvre, dont le récit se déplace dans un village nommé Vallars (transposition transparente du Villars), c’est précisément dans l’obscurité de cette grotte du chemin de la Gravière qu’a lieu le drame : l’agression mortelle de l’abbé Jérôme Coignard.
  • Souvenirs d’exploration locale : Avant les années 1990, cette grotte formée de boyaux étroits était libre d’accès et formait un terrain de jeu prisé des jeunes du village pour leurs premières explorations spéléologiques.
  • Situation actuelle : Située sur une propriété privée, la cavité est aujourd’hui interdite d’accès et obturée par un mur de béton pour des raisons de sécurité et de responsabilité.

5. Lieu de travail et de sociabilité féminine

Au XIXᵉ siècle et jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, le lavoir était bien plus qu’un simple équipement sanitaire : c’était un haut lieu de la vie sociale rurale, presque exclusivement réservé aux femmes.

La pénibilité du travail ne se limitait pas à l’eau froide et au frottage sur la margelle : le simple fait d’acheminer le linge représentait une épreuve physique. Il fallait compter avec la descente puis la pénible remontée du mollet, ce chemin à forte déclivité reliant le bourg à la Gravière. C’est au rythme rude du battoir, du rince-linge et du transport sur ces pentes raides que s’échangeaient les nouvelles du village et les récits de famille.

6. Entretien communal et valorisation par Les Amis du Villars

Si la préservation matérielle du bâtiment et du bassin relève de la responsabilité de la commune de Le Villars, l’association Les Amis du Villars œuvre à faire connaître l’histoire, la mémoire orale, les évocations littéraires et la valeur patrimoniale de ce site. Répertorié dans notre inventaire du patrimoine communal, le complexe de la Gravière fait partie des étapes incontournables pour découvrir les traditions et la grande histoire de notre village.