Le Villars dans La rôtisserie de la Reine Pédauque

Parmi les œuvres d’Anatole France, La Rôtisserie de la Reine Pédauque occupe une place particulière pour les habitants du Villars. Les derniers chapitres du roman se déroulent en effet dans un village nommé Vallars, derrière lequel il est facile de reconnaître Le Villars, en Saône-et-Loire.

L’auteur ne l’affirme jamais explicitement, mais de nombreux indices géographiques concordent. Il est même possible qu’il ait légèrement modifié le nom du village afin d’éviter toute confusion avec le maréchal de Villars, personnage historique cité à plusieurs reprises dans le roman.

Présentation du livre

La Rôtisserie de la Reine Pédauque est un roman d’Anatole France (1844-1924), élu à l’Académie française en 1896 et futur prix Nobel de littérature en 1921.

L’œuvre paraît d’abord en feuilleton dans L’Écho de Paris à partir de septembre 1892 avant d’être publiée en volume chez Calmann-Lévy à la fin de la même année.

L’action se déroule au début du XVIIIᵉ siècle. Le narrateur, Jacques Ménétrier, raconte sa jeunesse auprès de l’abbé Jérôme Coignard, érudit aussi savant que bon vivant.

Après de nombreuses aventures parisiennes et un séjour chez l’alchimiste M. d’Astarac, où une expérience alchimique provoque un incendie, les protagonistes doivent fuir et sont poursuivis par Mosaïde qui les tient pour responsables de tous ses malheurs.

L’arrivée à Vallars

Pour échapper à la vieille calèche de Mosaïde, M. d’Anquetil fait galoper les chevaux. Peu après avoir dépassé Tournus, la berline verse dans une ornière et se renverse.

« Nous regardâmes autour de nous. Au couchant, les coteaux de vignes jetaient jusqu’à l’horizon leurs longs plis paisibles. Sur la hauteur, un toit fumait près d’un clocher. De l’autre côté, la Saône, voilée de brumes légères, effaçait lentement le sillage du coche d’eau qui venait de passer. Les ombres des peupliers s’allongeaient sur la berge. Un cri aigu d’oiseau perçait le vaste silence.
— Où sommes-nous ? demanda M. d’Anquetil.
— À deux bonnes lieues de Tournus, répondit, en crachant le sang, le postillon qui était tombé dans le fossé et, pour le moins, à quatre de Mâcon.
Et, levant le bras vers le toit qui fumait sur le coteau :
— Là-haut, ce village doit être Vallars. Il est de peu de ressource. »

Immobilisés à quelques centaines de mètres de Vallars, les voyageurs attendent qu’un postillon revienne de Tournus avec un charron.

« Nous avisâmes sur la route, à cent pas en avant du lieu de notre chute, une montagne de pierre tendre, dont le pied était creusé en plusieurs endroits. C’est dans un de ces creux que nous résolûmes d’attendre, en nous chauffant, le retour du postillon envoyé en courrier à Tournus. »

Il s’agit ici probablement des grottes situées au bas du chemin de la Gravière au-dessus de la source qui alimente le lavoir.

Pendant cette halte, l’abbé Coignard est attaqué dans l’obscurité et grièvement poignardé par Mosaïde.

« Le postillon fut d’avis de porter le blessé au village de Vallars, situé à une demi-lieue sur la côte. […] Nous avancions doucement. Tout alla bien tant que nous fûmes sur la route. Mais quand il nous fallut gravir l’étroit sentier des vignes, mon bon maître, glissant à tous les mouvements de la bête, perdit le peu de forces qui lui restaient et s’évanouit de nouveau. […] Enfin la pente s’adoucit. Nous nous enfilâmes sur une petite route bordée de haies, qui cheminait sur le coteau, et bientôt nous découvrîmes sur notre gauche les premiers toits de Vallars. »

Transporté jusqu’à Vallars, il y reçoit les soins du barbier-chirurgien Coquebert, mais succombe quelques jours plus tard à sa blessure.

Pendant ce temps, la vie du village continue. Anatole France rappelle le caractère viticole du pays en quelques mots :

« Chargés de hottes et de paniers, des vignerons s’en allaient aux vendanges. »

Cette scène évoque le Villars du XVIIIᵉ siècle, alors largement couvert de vignes, bien avant leur disparition progressive.

Les derniers jours de l’abbé Coignard

Sentant sa fin approcher, l’abbé Coignard reçoit les derniers sacrements avec sérénité avant de s’éteindre entouré de ses amis.

Le curé de Vallars célèbre des obsèques solennelles.

« M. le curé de Vallars fit à M. Jérôme Coignard des obsèques solennelles […] Mon bon maître fut porté dans le cimetière attenant à l’église. »

Cette description correspond parfaitement à l’histoire du Villars. Le cadastre napoléonien de 1834 montre en effet que le cimetière occupait alors l’emplacement de l’actuelle place de l’Église, devant l’édifice. Il ne sera transféré à son emplacement actuel qu’en 1858. Ce détail, conforme à la réalité historique, constitue un indice supplémentaire de l’identification de Vallars avec Le Villars.

Après les funérailles, les habitants se retrouvent pour partager un repas.

« On y but du vin nouveau, et l’on y chanta des chansons bourguignonnes. »

Cette scène restitue l’atmosphère conviviale d’un village bourguignon au début du XVIIIᵉ siècle.

Là s’achèvent les aventures de Jacques Ménétrier à Vallars. Il partira travailler quelques temps à Mâcon pour se faire discret puis retournera auprès de ses parents à Paris.

Vallars et Le Villars

Anatole France n’a jamais indiqué quel village se cachait derrière le nom de Vallars. Pourtant, les indices réunis dans le roman sont nombreux et dessinent un portrait qui correspond avec une remarquable précision au Villars tel qu’il se présentait au XVIIIᵉ siècle.

Roman source d’inspiration

Cette œuvre a inspiré les Vlérons à plusieurs occasions :

L’auberge de jeunesse « Jérôme Coignard »

Le retour de Jérôme Coignard

Le 19 mars 1922, les Amicales des Anciens et Anciennes Elèves de l’Ecole du Villars organisent et interprètent un concert-spectacle au Villars. La deuxième partie propose une « bouffonnerie inédite en 2 actes » intitulée « Le retour de Jérôme Coignard ». Cette pièce a été composée spécialement pour le Villars par Georges Dranac. On y retrouve le personnage de Jérôme Coignard, mais également le général Debrun, personnage emblématique du Villars décédé presqu’un siècle auparavant.

Cliquez ici pour voir une copie du programme avec la liste des Vlérons ayant participé.

Pour aller plus loin

Le texte intégral de La Rôtisserie de la Reine Pédauque est disponible gratuitement sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k663385/f8.item